Évaluer ses pratiques et ajuster ses actions dans une démarche d’amélioration continue
La compétence « faire preuve de réflexivité » occupe une place centrale dans les apprentissages universitaires et dans la construction de l’autonomie intellectuelle des étudiants. Elle renvoie à la capacité à porter un regard critique et distancié sur ses propres pratiques, ses choix, ses stratégies d’apprentissage et leurs effets, afin d’ajuster ses actions et de progresser de manière consciente et durable.
Dans l’enseignement supérieur, apprendre ne consiste pas uniquement à acquérir des connaissances disciplinaires, mais à développer une compréhension de ses manières d’apprendre, de travailler et de mobiliser ses ressources. La réflexivité permet précisément ce passage : elle transforme l’expérience vécue en source d’apprentissage, en donnant du sens aux réussites comme aux difficultés rencontrées.
Réfléchir sur l’action pour apprendre de l’expérience
Faire preuve de réflexivité implique d’être capable de s’engager dans un processus structuré d’analyse de ses pratiques. Cette démarche consiste à interroger ses actions avant, pendant et après l’activité, à identifier les écarts entre les objectifs visés et les résultats obtenus, et à comprendre les facteurs qui influencent ces écarts.
Dans un cadre universitaire, cette posture réflexive permet aux étudiants de devenir progressivement acteurs de leurs apprentissages. Elle soutient le développement de compétences métacognitives essentielles, en aidant les étudiants à comprendre comment ils apprennent, pourquoi certaines stratégies fonctionnent et dans quelles conditions elles peuvent être réinvesties.
Réflexivité et développement des compétences dans une approche par compétences (APC)
Dans le cadre de l’approche par compétences, la réflexivité ne constitue pas une compétence périphérique, mais un mécanisme structurant du développement des compétences. Elle renvoie à la capacité de l’apprenant à analyser la manière dont il mobilise et articule ses ressources dans des situations données, à comprendre les effets de ses choix et à en tirer des apprentissages transférables à de nouveaux contextes.
Former les étudiants à la réflexivité, c’est ainsi les amener à devenir acteurs et régulateurs de leur propre parcours de développement de compétences, en cohérence avec une logique de formation tout au long de la vie et d’adaptation continue aux situations complexes.
Réflexivité, autorégulation et réussite académique
La réflexivité est étroitement liée aux processus d’autorégulation des apprentissages. Être capable d’évaluer ses pratiques, c’est savoir planifier son travail, suivre l’avancement de ses actions, apprécier l’efficacité de ses choix et ajuster ses stratégies. Ces capacités constituent des déterminants majeurs de la réussite dans l’enseignement supérieur.
Les étudiants réflexifs développent une relation plus consciente à l’erreur, qu’ils perçoivent non comme un échec définitif, mais comme une source d’information utile pour progresser. Cette posture favorise l’engagement dans les apprentissages, la persévérance face aux difficultés et le développement d’une confiance fondée sur la compréhension de ses propres fonctionnements.
Cependant, cette compétence n’est pas spontanément maîtrisée par tous. Bien que largement valorisés à l’université, les attendus liés à la réflexivité restent souvent implicites et peuvent ainsi contribuer à renforcer les inégalités entre étudiants. La réflexivité tend alors à devenir un marqueur social plus qu’une compétence réellement construite : certains étudiants « font de la réflexivité » parce qu’ils identifient ce qui est attendu et en maîtrisent les codes, tandis que d’autres sont pénalisés non par manque de réflexion, mais par une méconnaissance de ces attendus.
Faire preuve de réflexivité ne peut donc être considéré comme une compétence innée. Elle doit être explicitement enseignée, outillée et accompagnée afin de garantir à tous les étudiants un accès équitable aux attendus universitaires et d’en faire un véritable levier de réussite.
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Bibliographie
Bourdieu, P.; Passeron, J-C. (1964). Les Héritiers. Les étudiants et la culture. Collection Le sens commun. Les éditions de minuit.
Bourdieu, P.; Passeron, J-C. (1970).La Reproduction. Éléments d’une théorie du système d’enseignement. Collection Le sens commun. Les éditions de minuit.
Guillemette, F. (2016). Introduction : la pratique réflexive, tout le monde en parle, mais…. Approches inductives, 3(1), 1–6.
Poumay, M., Georges, F., & al. (2017).
Organiser la formation à partir des compétences : un pari gagnant pour l’apprentissage dans le supérieur. Bruxelles : De Boeck Supérieur.
Tardif, J. (2006). L’évaluation des compétences : documenter le parcours de développement. Montréal : Chenelière Éducation.
Zimmerman, B. J. (2002). “Becoming a Self-Regulated Learner: An Overview.” Theory Into Practice, 41(2), 64–70.
Des outils d’intelligence artificielle ont été utilisés afin de soutenir la recherche et la structuration. Toute proposition a été retravaillée par l’équipe projet.


