Agir en étudiant : une compétence transversale au cœur de la réussite universitaire
Entrer à l’université ne se résume pas à acquérir de nouveaux savoirs disciplinaires. Cela suppose d’apprendre à agir comme étudiant, c’est-à-dire à s’approprier un ensemble de règles, de codes et de manières de faire propres au cadre universitaire, souvent implicites et rarement formalisés.
Les travaux du sociologue Alain Coulon ont montré que devenir étudiant relève d’un processus d’affiliation universitaire, au cours duquel les étudiants apprennent progressivement ce qui est attendu d’eux, tant sur le plan académique qu’institutionnel (Le métier d’étudiant, 1997). Les difficultés rencontrées à l’université tiennent ainsi moins à un manque de capacités qu’à une méconnaissance des attendus universitaires, particulièrement marquée en début de parcours.
C’est dans cette perspective que le Campus des compétences transversales fait le choix de parler de métier de l’étudiant. Ce terme permet de dépasser une approche centrée sur des “postures” ou des dispositions individuelles, pour mettre l’accent sur des gestes professionnels constitutifs, observables, apprenables et évaluables. Il s’agit de rendre explicites des pratiques telles que l’organisation du travail universitaire, l’engagement dans les apprentissages, l’interaction avec les enseignants et les pairs, la compréhension des règles institutionnelles ou encore l’adoption de démarches de travail autonomes et responsables.
La compétence « agir en étudiant » recouvre ainsi des dimensions méthodologiques, intellectuelles, organisationnelles et éthiques, qui conditionnent la mobilisation des autres compétences académiques. Travaillée de manière explicite et outillée, elle constitue un socle structurant pour sécuriser les parcours, réduire les inégalités face aux attendus implicites et soutenir durablement les réussites étudiantes.
Comprendre et s’approprier les attendus universitaires
Agir en étudiant consiste d’abord à apprendre à décoder et à s’approprier les attendus de l’enseignement supérieur. Ces attendus portent aussi bien sur l’organisation du travail universitaire, la gestion du temps, la participation aux enseignements, que sur la nature des productions attendues, les modes de raisonnement mobilisés et les manières de s’engager dans les apprentissages. Ils reposent en grande partie sur des normes implicites, qui ne sont que rarement formalisées et que les étudiants doivent progressivement identifier.
Dans la perspective développée par Alain Coulon, cette appropriation constitue un élément central du processus d’affiliation universitaire. La compétence « agir en étudiant » vise précisément à rendre ces attendus plus lisibles et à accompagner les étudiants dans leur appropriation active des règles du jeu universitaire.
Il s’agit ainsi de permettre aux étudiants de se reconnaître comme acteurs de leur formation, capables d’anticiper les exigences, de comprendre le sens des activités proposées et d’ajuster leurs pratiques de travail en conséquence. Cette appropriation progressive des codes universitaires contribue directement au sentiment de légitimité, à la confiance dans sa capacité à réussir les tâches attendues et, plus largement, à l’inscription durable dans le parcours d’études.
Des pratiques de travail structurantes pour apprendre à l’université
Agir en étudiant se traduit par la mobilisation de pratiques de travail universitaire structurantes, qui témoignent d’une appropriation progressive des règles et des exigences propres à l’enseignement supérieur. Il ne s’agit pas d’une simple réception des contenus, mais d’un travail actif d’appropriation des savoirs, fondé sur des démarches de sélection, d’organisation et de mise en forme de l’information.
À ce titre, la prise de notes constitue un geste professionnel central du métier d’étudiant. Elle mobilise des capacités d’analyse et de synthèse et participe à la construction de supports personnels de travail, indispensables à la compréhension, à la mémorisation et au réinvestissement des connaissances. Loin d’être une compétence spontanée, elle s’inscrit dans un apprentissage progressif des manières de faire universitaires.
Agir en étudiant implique également de s’approprier une littératie universitaire spécifique. Les formes de productions attendues à l’université — dissertation, rapport, compte rendu, production scientifique ou évaluation terminale — obéissent à des normes académiques distinctes de celles du secondaire. Comprendre ces genres, en identifier les exigences implicites et ajuster ses modes d’écriture, de raisonnement et d’argumentation font pleinement partie du processus d’affiliation universitaire décrit par Alain Coulon.
Enfin, cette compétence suppose le développement d’une relation outillée et consciente aux apprentissages. Organiser son travail dans la durée, planifier ses activités, identifier ses acquis et ses difficultés, et ajuster ses pratiques en fonction des résultats obtenus relèvent de gestes professionnels essentiels pour construire l’autonomie universitaire et soutenir la persévérance dans les études.
Réflexivité, autonomie et engagement dans le parcours de formation
Agir en étudiant implique la capacité à analyser ses propres pratiques de travail universitaire, non dans une logique introspective, mais pour comprendre ce qui fonctionne, identifier les difficultés rencontrées et ajuster concrètement ses manières de faire. Cette réflexivité, lorsqu’elle est outillée et ancrée dans l’activité, permet aux étudiants de mieux saisir les exigences des situations d’apprentissage, de faire évoluer leurs stratégies et de renforcer leur capacité à agir de manière autonome dans le cadre universitaire.
Dans la perspective développée par Alain Coulon, cette capacité d’ajustement progressif participe pleinement du processus d’affiliation universitaire. Elle ne relève pas d’une disposition individuelle spontanée, mais d’un apprentissage situé, étroitement lié aux expériences vécues dans le parcours de formation.
Agir en étudiant s’inscrit également dans une logique de responsabilité et d’inscription institutionnelle. Être étudiant, c’est apprendre à comprendre le fonctionnement de l’université, ses structures, ses services et ses instances, mais aussi à maîtriser les codes de communication avec les enseignants, les personnels et les pairs. C’est savoir mobiliser les ressources disponibles, solliciter de l’aide de manière pertinente et s’engager durablement dans la communauté universitaire.
Ces dimensions constituent des gestes professionnels essentiels du métier d’étudiant, qui contribuent à la persévérance dans les études, à l’autonomie et à l’engagement actif dans le parcours de formation.
Une compétence évolutive et mobilisable au-delà du cadre universitaire
Si la compétence « agir en étudiant » est étroitement liée au contexte universitaire, elle contribue également à la construction de ressources mobilisables dans d’autres cadres institutionnels et professionnels, à condition d’être adaptées aux situations rencontrées. Apprendre à identifier des attentes implicites, à comprendre des règles de fonctionnement, à s’organiser dans un cadre collectif, à agir de manière autonome et responsable constitue en effet un socle commun à de nombreux environnements de formation et de travail.
Cette compétence s’inscrit dans un processus évolutif : elle ne se transfère pas automatiquement, mais se reconfigure au fil des contextes, des rôles et des cadres institutionnels. Les gestes professionnels du métier d’étudiant constituent ainsi des points d’appui, qui peuvent être réinvestis, ajustés et enrichis dans la suite du parcours de formation et lors de l’entrée dans la vie professionnelle.
Former les étudiants à agir en tant qu’étudiants, c’est donc leur permettre de devenir progressivement des acteurs responsables de leur parcours, capables de s’inscrire durablement dans un cadre institutionnel, de se reconnaître comme légitimes dans leurs apprentissages et de disposer de bases solides pour poursuivre leur formation et préparer leur insertion professionnelle.
D’autres gestes à expliciter qui relèvent du métier de l’étudiant
Au-delà des dimensions déjà travaillées, le métier d’étudiant recouvre un ensemble de gestes professionnels souvent peu explicités, alors même qu’ils jouent un rôle déterminant dans la réussite universitaire. Ces gestes ne relèvent ni de dispositions individuelles ni de compétences spontanées : ils s’acquièrent progressivement, au fil de l’expérience, par l’apprentissage des règles implicites et des manières de faire propres au cadre universitaire.
Parmi ces gestes figurent notamment la capacité à lire et travailler à partir de textes universitaires, en identifiant les objectifs de lecture, en hiérarchisant les informations et en acceptant une compréhension progressive ; la capacité à solliciter de l’aide de manière appropriée, en identifiant les bons interlocuteurs et en formulant des demandes situées ; ou encore la capacité à travailler avec ses pairs, en articulant responsabilités individuelles et collectives sans confusion des rôles.
Le métier d’étudiant implique également de savoir composer avec l’évaluation : analyser les attentes d’un sujet, comprendre ce qui est effectivement évalué, interpréter les retours et ajuster ses pratiques en conséquence. Enfin, il suppose de s’inscrire dans le temps long des études, en maintenant un engagement durable, en gérant les périodes de moindre encadrement et en s’appropriant les espaces et les ressources de l’université.
L’explicitation et l’accompagnement de ces gestes professionnels constituent un levier essentiel pour sécuriser les parcours, renforcer le sentiment de légitimité des étudiants et soutenir durablement leurs réussites universitaires.
Le CIDP, accompagné d’enseignants de l’UPEC, vous propose diverses ressources pédagogiques ciblées afin d’aider les étudiants à adopter une posture d’étudiant et agir conformément aux attendus universitaires.
MODULE « APPRENDRE LE MÉTIER D’ÉTUDIANT » (EN LIGNE)
Module d’autoformation en ligne visant à accompagner les étudiants dans leur adaptation au contexte universitaire et à soutenir leur réussite. Il aborde des thématiques clés liées à l’organisation du travail, à la motivation, à la gestion du temps et du stress, ainsi qu’au développement de l’autonomie dans les études.
MODULE « APPRENDRE À APPRENDRE » (EN LIGNE)
Module d’autoformation en ligne consacré au développement de stratégies d’apprentissage efficaces, visant à aider les étudiants à mieux comprendre le fonctionnement de leurs apprentissages, à adopter des méthodes de travail adaptées au contexte universitaire et à renforcer leur autonomie, leur engagement et leur persévérance dans les études.
Disponible prochainement
MODULE SUR LA PRISE DE NOTES (PDF)
Module pédagogique de 2 heures consacré à la prise de notes à l’université, visant à développer des pratiques efficaces favorisant l’attention, la compréhension et la mémorisation, à partir d’apports théoriques et d’activités pratiques adaptées aux besoins des étudiants.
GUIDE SUR LA DISSERTATION (PDF)
Document méthodologique consacré à la dissertation visant à expliciter ses objectifs, et à proposer une démarche structurée pour analyser un sujet, construire une problématique, organiser l’argumentation et rédiger un devoir conforme aux exigences de l’enseignement supérieur.
Le CIDP propose des accompagnements personnalisés afin de vous aider concrètement à intégrer le développement de cette compétence au sein de votre enseignement ou de votre formation. N’hésitez pas à nous contacter !

Vous souhaitez favoriser le développement et l’évaluation des compétences transversales ? Le CIDP a élaboré pour vous des gabarits de conception d’activités pédagogiques intégratrices prêts à l’emploi, à retrouver dans LES ESSENTIELS DU CIDP.
Bibliographie
Coulon, A. (1997). Le métier d’étudiant. Paris : Presses Universitaires de France.
De Clercq, M., Dangoisse, F., Frenay, M., Roland, N. (2023). La transition vers l’enseignement supérieur. Comprendre pour mieux agir sur l’adaptation des étudiants en première année. Bruxelles, Belgique: Peter Lang.
Romainville, M. (2000). L’échec dans l’université de masse. Paris, L’Harmattan.
Des outils d’intelligence artificielle ont été utilisés afin de soutenir la recherche et la structuration. Toute proposition a été retravaillée par l’équipe projet.







